Leurrer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XV e siècle, au sens de « attirer ». Dérivé de leurre .
1. . Dresser un oiseau de proie à répondre lorsqu'on lui jette le leurre. Ces oiseaux-là ne sont pas aisés à et, pron., avec valeur passive, ne se leurrent pas facilement.
2. Fig. Tromper, abuser quelqu'un en faisant miroiter à ses yeux quelque vaine espérance. On l'a leurré de cet espoir. Il a été leurré par de belles promesses. Elle s'est laissé . Pron. Se , se tromper soi-même par des espoirs chimériques. Il s'est leurré sur ses chances de réussite. Ce serait se que d'espérer une paix prochaine.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 


Fauconnerie
Dresser un oiseau de proie à répondre à l'appel du leurre. "Ces oiseaux-là ne sont pas aisés à , ne se leurrent pas facilement."
Il signifie surtout et figurément Tromper, abuser quelqu'un en faisant miroiter à ses yeux quelque vaine espérance. "On l'a leurré de cet espoir. Il a été leurré par de belles promesses. Il s'est laissé . Il s'est leurré de vaines espérances."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Terme de fauconnerie. Dresser un oiseau au leurre.

 2   Fig. Suggérer quelque objet d'espérance pour tromper.
LA FONT.: « Tu m'allègues le sort : prétends-tu, par ta foi, Me de l'appât d'un profane langage ? »
LA FONT.: « Deux siens voisins se laissèrent à l'entretien libre et gai de la dame »
TH. CORN.: « Sur les cent mille écus dont on m'a cru , Dites, combien la nièce a-t-elle à retirer ? »
RAC.: « Et d'une cause en l'air il le faut bien »
DESTOUCHES: « Quoi ! par un feint amour vous m'auriez donc leurrée ! »
VAUVENARGUES.: « L'espérance anime le sage, et leurre le présomptueux et l'indolent »
P. L. COUR.: « Bonaparte ne nous baillait pas le lièvre par l'oreille, jamais ne nous leurra de la liberté de la presse, ni d'aucune liberté »

 3   Se , v. réfl. Être leurré. Ces oiseaux-là ne se leurrent pas facilement.
    Fig. Se d'un vain espoir.
    Se de, avec un verbe à l'infinitif, se flatter de.
CORN.: « Son feu [du génie de Corneille] ne peut agir quand il faut qu'il s'explique Sur les fantasques airs d'un rêveur de musique... Il ne se leurre point d'animer de beaux chants, Et veut, pour se produire, avoir la clef des champs »

HISTORIQUE
    XIVème siècle
     Modus, f° LXXXI: L'aprentis demande comme on doit loirrer ung faulcon nouvel affaittié
    XVème siècle
FROISS.: « Si se mirent ces deux faucons en chasse et le comte après, ainsi que pour les loirrer, en disant : hoie ! hoie ! »
A. CHARTIER: « Amours loirre Les cueurs comme faucon en loirre »
    XVIème siècle
YVER: « Ce que le garçon, qui estoit si bien leurré, qu'on pouvoit dire : à tel maistre tel valet, executa fort bien »
PARÉ: « Ainsi qu'on voit au mouvement du bras du fauconnier quand il lourre et duit ses oiseaux »
MONT.: « J'appris Virgile, puis Plaute, leurré tousjours par la doulceur du subject »
MONT.: « On les leurre et acharne par touts moyens »
H. EST.: « Il y est leurré [phrase proverbiale pour dire : il s'y connaît] »

ÉTYMOLOGIE
    Leurre ; wall. lurer ; provenç. loirar ; anc. catal. loyrar.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


T. de Fauconnerie. Dresser un oiseau au leurre. "Ces oiseaux-là ne sont pas aisés à , ne se leurrent pas facilement."
Il se dit, figurément, en parlant Des personnes, et signifie, Les attirer par quelque espérance pour les tromper. "On l'a leurré de cet espoir. Il a été leurré par de belles promesses. Il s'est laissé ." On l'emploie quelquefois, dans cette acception, avec le pronom personnel. "Il s'est longtemps leurré, il se leurre encore de cette espérance."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Terme de Fauconnerie. Dresser un oiseau au leurre. "Ces oiseaux-là ne sont pas aisés à , ne se leurrent pas facilement".
Il se dit figurément des hommes, et signifie, Les attirer par quelquie espérance pour les tromper. "On l'a leurré de cette récompense. Il a été leurré par de belles promesses. Il s'est laissé leurrer".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Terme de Fauconnerie. Dresser un oiseau au leurre. "Ces oiseaux-là ne sont pas aisés à , ne se leurrent pas facilement."
Il se dit figurément Des hommes, & signifie, Les attirer par quelque chose dont on leur fait naître l'envie pour les tromper. "On l'a leurré de cette récompense. Il s'est laissé par de belles espérances. Il s'est laissé ."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Dresser un oiseau au leurre. "Ces" "oiseaux-là ne sont pas aisez à , ne se leurrent pas facilement".
Il se dit fig. Des hommes, & signifie, Les attirer par quelque chose dont on leur fait envie pour les tromper. "On l'a leurré par cette esperance. on l'a leurré de cette recompense. il s'est laissé ".




Emplacement dans le dictionnaire :

lettrisé
leu
leucocyte
leucorrhée
leude
leur
leurre
leûrre
leurré

leurs
leutrite
lev
levade
levage
levain
levant
levantin
levantine
levé
leve




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...je sentirais comme l'effondrement d'un point d'appui que rien ne me revaudrait plus. C'est, sans doute, parce que la persistance de certaines choses, de tout temps connues, arrive à nous leurrer sur notre propre stabilité, sur notre propre durée ; en les voyant demeurer les mêmes, il nous semble que nous ne pouvons pas changer ni cesser d'être. - je ne trouve pas d'autre explication à cette...


Citation n°2 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...elles aspirent sans cesse au meilleur. L'infini seul pourrait les rassasier. L'humanité est ainsi dans la position d'un malade, qui souffre dans toutes les positions, et pourtant se laisse toujours leurrer par l'espérance qu'il sera mieux en changeant de côté. Les révolutions sont les ébranlements de cet éternel Encelade se retournant sur lui-même quand l'Etna pèse trop fort. Il est superficiel...


Citation n°3 de Émile VERHAEREN (La Multiple splendeur)

...cassons le seuil. S'il est encor là-bas des caves de mystère où tout flambeau s'éteint ou recule effaré, plutôt que d'en peupler les coins par des chimères nous préférons ne point savoir que nous leurrer. Un infini plus sain nous cerne et nous pénètre ; notre raison monte plus haut ; notre coeur bout ; et nous nous exaltons si bellement des êtres que nous changeons le sens que nous avons de tout....


Citation n°4 de Joris-Karl HUYSMANS (À rebours)

...l'estomac, soupira Des Esseintes, tordu par une crampe qui ramenait vivement son esprit égaré au loin, à Fontenay. Xiv cahin-caha, quelques jours s'écoulèrent, grâce à des ruses qui réussirent à leurrer la défiance de l'estomac, mais un matin, les marinades qui masquaient l'odeur de graisse et le fumet de sang des viandes ne furent plus acceptées et Des Esseintes anxieux, se demanda si sa...


Citation n°5 de Armand SULLY PRUDHOMME (Les Vaines tendresses)

...ta victime. L' ART TRAHI sonnet fors l'amour, tout dans l'art semble à la femme vain : le génie auprès d'elle est toujours solitaire. Orphée allait chantant, suivi d'une panthère, dont il croyait leurrer l'inexorable faim ; mais, dès que son pied nu rencontrait en chemin quelque épine de rose et rougissait la terre, la bête, se ruant d'un bond involontaire, oublieuse des sons, lampait le sang...


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